Le MAUSOLÉE du PITON d’AKBOU
Une énigme archéologique
Au nord-ouest du majestueux piton d’Akbou, en prenant un chemin sinueux à travers rochers et broussaille, on arrive au somptueux monument funéraire. Visible de loin car il occupe une position privilégiée, ce mausolée a fait rêver et inspirer plusieurs historiens et archéologues.

C’est un édifice à un seul étage qui repose sur une base à gradins : des assises soigneusement alignées, que complète une architrave. Le tout forme un début de pyramide. Vient ensuite une frise d’un carré régulier et d’une belle architecture. Elle est coiffée d’une corniche sculptée avec une extrême finesse. Enfin, un toit pyramidal termine la construction. De l’intérieur, il a la forme d’une voûte en berceau.
L’extérieur de ce mausolée se distingue par la fausse porte [1] qui se trouve sur chaque côté. Ces portes " imaginaires " sont ornées de motifs décoratifs et de plusieurs signes. La face nord du monument présente une ouverture par laquelle on accède à l’intérieur. Selon certaines lectures, elle pourrait être pratiquée par des voleurs dans l’espoir de découvrir un trésor enfoui dans ce tombeau, au-dessus de cette porte (l’encastrement profond en témoigne). Ce qui fait supposer que c’était le principal côté.
Des inscriptions millénaires
Que sont devenues ces inscriptions ? Véhiculaient-elles réellement des indices pouvant nous fixer sur l’origine du monument ou seraient-elles simplement un rajout d’une civilisation, autre que celle ayant bâti cet édifice, dont le but était de marquer sa présence ?
Dans son récit, le baron H. Aucapitaine raconte que c’était une plaque en marbre blanc qui servait de cible aux jeux des bergers et qu’à force de jets de pierres, elle a fini par se briser et les débris se sont éparpillés sur le sol. Il disait aussi que toutes ses tentatives pour récupérer les fragments ont été vaines. Selon lui, cette perte, ô combien regrettable, a dû avoir lieu quelques années avant son séjour dans la région - Aucapitaine était l’hôte du Bâcha Agha Ben Ali Chérif dans sa résidence Bordj de Tarza - et c’était, disait-il, du Bâcha Agha qu’il tenait ces précisions. Celui-ci se rappelait l’avoir vue en place.
Quel était le but de cette construction ?
Certains affirment qu’elle serait presque deux fois millénaire. Sur l’origine de ce monument, les commentaires et les hypothèses vont bon train. Etait-ce pour un souverain, un militaire hautement gradé ayant expié au cours d’un combat ? La légende raconte qu’en cet endroit, où est construit le mausolée, une femme a accouché. L’origine de ce mausolée est légendaire. La population l’attribue aux Romains. Mais la grande analogie de forme qu’il présente avec les mausolées des rois numides Syphax et Massinissa et avec le mausolée royal de Mauritanie - plus connu sous le nom du tombeau de la Chrétienne (dans la province d’Alger) - donne à supposer que cette construction serait antérieure à la conquête romaine.
Le passage des conquérants

En outre, de la lecture de l’ouvrage Le Mausolée royal de Mauritanie édité par l’Agence nationale d’archéologie et de protection des sites et monuments historiques, il ressort que les monuments construits sur un plan carré avec un couronnement pyramidal et bâtis presque toujours sur des sommets de colline sont attribués à des princes berbères peut-être de religion chrétienne dont les principautés s’étendaient vers l’Ouest.
Serait-ce l’œuvre d’une civilisation particulière ou un ensemble de styles, résultat du passage des différents conquérants ayant pris d’assaut la ville d’Akbou ? Mais quels qu’ils fussent, ils ont perlé leur ouvrage et ont réalisé un véritable exploit en réussissant un chef-d’œuvre.
Une expertise du site lèvera sans doute le voile du mystère et pourra peut-être répondre à cette énigme : Quand et par qui cette œuvre de génie a-t-elle été construite ? Sur la sépulture de qui a-t-elle été érigée ? Des témoignages (oraux et écrits), des documents laissés par nos aïeux aideront dans les recherches.

En attendant, cette merveille, qui a survécu à toutes les agressions et qui garde jalousement son secret, se détériore dans l’indifférence générale : des assises gisent au pied de l’édifice. Une partie du toit est détruite (tentatives lointaines de pénétration dans le tombeau), les colonnes supportant les chapiteaux ont disparu.
De plus, il est menacé par les vibrations générées par le passage des trains et la carrière se trouvant sur le flanc du piton. En outre, la poussière se dégageant de cette carrière s’accumule sur l’édifice.
Le mausolée d’Ausum (antique Akbou) ou Taqubbet n’ Weqbu, comme il est appelé dans cette localité, est et restera la mémoire infaillible au vu des témoignages qu’il contient sur l’histoire de cette région en particulier et de l’Algérie en général.

Il faut œuvrer pour qu’il soit inclus dans le listing des sites classés. Dans l’espoir que ce vestige historique devienne l’objet de recherches d’archéologues, historiens et étudiants du domaine, il faut parer au plus pressé pour le protéger en délimitant un périmètre de sécurité autour de lui et en menant une campagne de sensibilisation auprès de la population.
Auteur : s.aimed